Mathématiques générales · Chapitre 5

Applications linéaires et matrices

Noyau, image, théorème du rang : les fondations de l'algèbre linéaire, avec le lien entre composition d'applications et produit matriciel.

🎓 Niveau L3 Maths / 1ᵉ année ingénieur ⏱ Cours ~45 min ✎ 20 exercices ✓ QCM 10 questions 📄 2 sujets d'annales corrigés

1Définition

Définition

Une application $f:E\to F$ entre deux espaces vectoriels est dite linéaire si, pour tous $u,v\in E$ et $\lambda\in\mathbb R$ :

$$f(u+v) = f(u)+f(v) \qquad \text{et} \qquad f(\lambda u) = \lambda f(u)$$

En dimension finie, toute application linéaire $f:\mathbb R^n\to\mathbb R^p$ peut être représentée par une matrice $A$ (de taille $p\times n$), telle que $f(x)=Ax$ pour tout vecteur colonne $x\in\mathbb R^n$. Les colonnes de $A$ sont exactement les images des vecteurs de la base canonique : $A=\big(f(e_1)\ f(e_2)\ \cdots\ f(e_n)\big)$.

2Noyau

Définition

Le noyau de $f$ (ou de $A$) est l'ensemble des vecteurs envoyés sur $0$ :

$$\ker f = \{x\in E : f(x)=0\} = \{x : Ax=0\}$$

C'est un sous-espace vectoriel de $E$ (stable par combinaison linéaire, contenant toujours $0$). Le noyau mesure le « défaut d'injectivité » de $f$ :

Critère d'injectivité

$f$ est injective $\iff \ker f = \{0\}$ (seul le vecteur nul est envoyé sur $0$).

Illustration schématique
ker f Im f E F f

$\ker f$ (doré) est la partie de $E$ écrasée sur $0$ ; $\mathrm{Im}\,f$ (vert) est la partie de $F$ effectivement atteinte — le théorème du rang (§4) relie précisément la taille de ces deux zones.

3Image

Définition

L'image de $f$ est l'ensemble des valeurs atteintes :

$$\mathrm{Im}\,f = \{f(x) : x\in E\} = \{Ax : x\in\mathbb R^n\}$$

C'est un sous-espace vectoriel de $F$, engendré par les colonnes de $A$ (d'où le terme espace des colonnes, ou « column space »). $f$ est surjective sur $F$ si et seulement si $\mathrm{Im}\,f=F$.

4Théorème du rang

Théorème du rang

Pour $f:E\to F$ linéaire, avec $E$ de dimension finie $n$ :

$$\dim\ker f + \dim\mathrm{Im}\,f = n = \dim E$$

Le rang de $f$ (ou de $A$), noté $\mathrm{rg}(f)$, est par définition $\dim\mathrm{Im}\,f$. Ce théorème relie de façon rigide les dimensions du noyau et de l'image : plus le noyau est « grand », plus l'image est « petite », et réciproquement.

5Exemple résolu complet

Étudions $A=\begin{pmatrix}1&2&3\\2&4&6\\1&0&-1\end{pmatrix}$

On observe que la colonne 2 est le double de la colonne 1 : le rang est donc au plus 2. En réduisant (opérations sur les lignes), on trouve $\mathrm{rg}(A)=2$.

Par le théorème du rang ($n=3$ colonnes) : $\dim\ker A=3-2=1$. En résolvant $Ax=0$, on trouve $\ker A=\mathrm{Vect}\left\{(1,-2,1)^T\right\}$ (on vérifie : $A(1,-2,1)^T=(1-4+3,\,2-8+6,\,1-0-1)^T=(0,0,0)^T$ ✓).

$\dim\mathrm{Im}\,A=2$ : l'image est un plan de $\mathbb R^3$, engendré par exemple par les colonnes 1 et 3 de $A$ (indépendantes).

6Composition et produit matriciel

Si $f:\mathbb R^n\to\mathbb R^p$ a pour matrice $A$ et $g:\mathbb R^p\to\mathbb R^q$ a pour matrice $B$, alors la composée $g\circ f:\mathbb R^n\to\mathbb R^q$ a pour matrice le produit $BA$ :

$$(g\circ f)(x) = g(f(x)) = g(Ax) = B(Ax) = (BA)x$$

C'est précisément pour que cette relation soit vraie que le produit matriciel est défini comme il l'est (et non, par exemple, comme un produit terme à terme) : la structure du produit matriciel encode exactement la composition des applications linéaires sous-jacentes.

Exercice 1 — Vérifier la linéarité

Facile

Montrer que $f(x,y)=(2x+y,\,x-y)$ est linéaire.

Voir la correction

$f\big((x,y)+(x',y')\big)=f(x+x',y+y')=(2(x+x')+(y+y'),\,(x+x')-(y+y'))=(2x+y,x-y)+(2x'+y',x'-y')=f(x,y)+f(x',y')$.

$f(\lambda x,\lambda y)=(2\lambda x+\lambda y,\,\lambda x-\lambda y)=\lambda(2x+y,x-y)=\lambda f(x,y)$. Les deux conditions sont vérifiées : $f$ est linéaire.

Exercice 2 — Trouver la matrice associée

Facile

Donner la matrice de $f(x,y,z)=(x+y,\,y-z,\,2x+z)$.

Voir la correction

$A=\begin{pmatrix}1&1&0\\0&1&-1\\2&0&1\end{pmatrix}$ (chaque ligne correspond aux coefficients d'une composante de $f$).

Exercice 3 — Noyau d'une matrice de rang 1

Moyen

Calculer le noyau de $A=\begin{pmatrix}1&1\\2&2\end{pmatrix}$.

Voir la correction

Les deux lignes sont proportionnelles : $\mathrm{rg}(A)=1$. $Ax=0\iff x+y=0\iff y=-x$.

$\ker A=\mathrm{Vect}\left\{(1,-1)^T\right\}$, de dimension 1.

Exercice 4 — Vérifier le théorème du rang

Facile

Pour la matrice de l'exercice 3 ($n=2$ colonnes, $\dim\ker A=1$), en déduire $\dim\mathrm{Im}\,A$.

Voir la correction

$\dim\ker A+\dim\mathrm{Im}\,A=n=2\Rightarrow\dim\mathrm{Im}\,A=2-1=1$ (cohérent avec $\mathrm{rg}(A)=1$).

Exercice 5 — Image d'une matrice

Moyen

Déterminer une base de l'image de $A=\begin{pmatrix}1&0\\0&0\\1&1\end{pmatrix}$ (application de $\mathbb R^2$ vers $\mathbb R^3$).

Voir la correction

Les deux colonnes $(1,0,1)^T$ et $(0,0,1)^T$ sont indépendantes (rang 2) : $\mathrm{Im}\,A=\mathrm{Vect}\left\{(1,0,1)^T,(0,0,1)^T\right\}$, un plan de $\mathbb R^3$.

Exercice 6 — Injectivité via le déterminant

Moyen

La matrice $A=\begin{pmatrix}1&2\\3&4\end{pmatrix}$ définit-elle une application injective ?

Voir la correction

$\det A=1\times4-2\times3=-2\neq0$ : $A$ est inversible, donc $\mathrm{rg}(A)=2$.

Par le théorème du rang, $\dim\ker A=2-2=0$, soit $\ker A=\{0\}$ : $f$ est injective (cours §2).

Exercice 7 — Surjectivité

Moyen

La matrice $A=\begin{pmatrix}1&0&0\\0&1&0\end{pmatrix}$ (de $\mathbb R^3$ vers $\mathbb R^2$) définit-elle une application surjective ?

Voir la correction

Les deux premières colonnes forment déjà la base canonique de $\mathbb R^2$ : $\mathrm{rg}(A)=2=\dim\mathbb R^2$, donc $\mathrm{Im}\,A=\mathbb R^2$ : $f$ est surjective.

Exercice 8 — Composition d'applications linéaires

Moyen

Soient $A=\begin{pmatrix}1&1\\0&1\end{pmatrix}$ et $B=\begin{pmatrix}2&0\\1&3\end{pmatrix}$. Calculer la matrice de $g\circ f$, où $f$ a pour matrice $B$ et $g$ a pour matrice $A$.

Voir la correction

La matrice de $g\circ f$ est $AB=\begin{pmatrix}1&1\\0&1\end{pmatrix}\begin{pmatrix}2&0\\1&3\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}2+1&0+3\\0+1&0+3\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}3&3\\1&3\end{pmatrix}$.

Exercice 9 — Preuve : le noyau est un sous-espace

Difficile

Démontrer que $\ker f$ est un sous-espace vectoriel de $E$.

Voir la correction

$0\in\ker f$ car $f(0)=0$ (propriété générale des applications linéaires, exercice 18). $\ker f$ est donc non vide.

Si $u,v\in\ker f$, alors $f(u+v)=f(u)+f(v)=0+0=0$, donc $u+v\in\ker f$.

Si $u\in\ker f$ et $\lambda\in\mathbb R$, $f(\lambda u)=\lambda f(u)=\lambda\times0=0$, donc $\lambda u\in\ker f$. Les trois conditions (contient 0, stable par somme, stable par produit scalaire) sont vérifiées : $\ker f$ est bien un sous-espace vectoriel.

Exercice 10 — Preuve : l'image est un sous-espace

Difficile

Démontrer que $\mathrm{Im}\,f$ est un sous-espace vectoriel de $F$.

Voir la correction

$0=f(0)\in\mathrm{Im}\,f$. Si $y_1=f(u_1)$ et $y_2=f(u_2)$ sont dans $\mathrm{Im}\,f$, alors $y_1+y_2=f(u_1)+f(u_2)=f(u_1+u_2)\in\mathrm{Im}\,f$.

Si $y=f(u)\in\mathrm{Im}\,f$ et $\lambda\in\mathbb R$, $\lambda y=\lambda f(u)=f(\lambda u)\in\mathrm{Im}\,f$. $\mathrm{Im}\,f$ est bien un sous-espace vectoriel.

Exercice 11 — Application : rotation en infographie

Moyen

La rotation d'angle $\theta$ dans le plan a pour matrice $R_\theta=\begin{pmatrix}\cos\theta&-\sin\theta\\\sin\theta&\cos\theta\end{pmatrix}$. Justifier que cette application est toujours injective (et donc bijective), quel que soit $\theta$.

Voir la correction

$\det R_\theta=\cos^2\theta+\sin^2\theta=1\neq0$, toujours : $R_\theta$ est inversible pour tout $\theta$, donc l'application associée est bijective — cohérent avec l'intuition géométrique qu'une rotation ne peut jamais « écraser » le plan (elle préserve les distances et les angles).

Exercice 12 — Analyse complète d'une matrice de rang 2

Difficile

Déterminer le noyau et l'image de $A=\begin{pmatrix}2&1&3\\4&2&6\\1&1&2\end{pmatrix}$.

Voir la correction

La ligne 2 est le double de la ligne 1 : $\mathrm{rg}(A)\le2$. En vérifiant les colonnes 1 et 3 (indépendantes), $\mathrm{rg}(A)=2$.

Résolution de $Ax=0$ : on trouve $\ker A=\mathrm{Vect}\left\{(-1,-1,1)^T\right\}$ (vérification : $2(-1)+1(-1)+3(1)=0$, $1(-1)+1(-1)+2(1)=0$ ✓).

Par le théorème du rang : $\dim\ker A=1$, $\dim\mathrm{Im}\,A=3-1=2$, cohérent avec $\mathrm{rg}(A)=2$.

Exercice 13 — Impossibilité d'injectivité

Difficile

Montrer que si $f:\mathbb R^n\to\mathbb R^p$ est linéaire avec $n>p$, alors $f$ ne peut pas être injective.

Voir la correction

Le rang de $f$ vérifie $\mathrm{rg}(f)\le p$ (l'image est un sous-espace de $\mathbb R^p$, elle ne peut avoir une dimension supérieure à $p$).

Par le théorème du rang, $\dim\ker f=n-\mathrm{rg}(f)\ge n-p>0$ (car $n>p$) : le noyau contient un sous-espace de dimension strictement positive, donc $\ker f\neq\{0\}$ : $f$ ne peut pas être injective.

Exercice 14 — Impossibilité de surjectivité

Difficile

Montrer que si $f:\mathbb R^n\to\mathbb R^p$ est linéaire avec $n

Voir la correction

$\mathrm{rg}(f)=\dim\mathrm{Im}\,f\le n$ (par le théorème du rang, la dimension de l'image ne peut dépasser la dimension de l'espace de départ). Comme $n

Exercice 15 — Vérification numérique du théorème du rang

Moyen

Pour $A=\begin{pmatrix}1&2&0&1\\2&4&1&3\\0&0&1&1\end{pmatrix}$ (application de $\mathbb R^4$ vers $\mathbb R^3$), on donne $\mathrm{rg}(A)=2$. Vérifier le théorème du rang en calculant $\dim\ker A$.

Voir la correction

$n=4$ (nombre de colonnes). $\dim\ker A=n-\mathrm{rg}(A)=4-2=2$ : le noyau est un plan (sous-espace de dimension 2) de $\mathbb R^4$.

Exercice 16 — Non-commutativité du produit matriciel

Moyen

Pour $A=\begin{pmatrix}1&1\\0&1\end{pmatrix}$ et $B=\begin{pmatrix}2&0\\1&3\end{pmatrix}$, calculer $BA$ et $AB$, et vérifier qu'ils diffèrent.

Voir la correction

$BA=\begin{pmatrix}2&0\\1&3\end{pmatrix}\begin{pmatrix}1&1\\0&1\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}2&2\\1&4\end{pmatrix}$.

$AB=\begin{pmatrix}1&1\\0&1\end{pmatrix}\begin{pmatrix}2&0\\1&3\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}3&3\\1&3\end{pmatrix}$. $BA\neq AB$ : le produit matriciel n'est pas commutatif en général — cohérent avec le fait que composer $f\circ g$ n'est en général pas la même chose que $g\circ f$.

Exercice 17 — Application : régression linéaire

Moyen

En statistique, on cherche à approcher un vecteur de données $b\in\mathbb R^m$ par un élément de $\mathrm{Im}(A)$ (les prédictions possibles d'un modèle linéaire). Pourquoi cette approche n'est-elle utile que lorsque $\mathrm{Im}(A)\neq\mathbb R^m$ tout entier ?

Voir la correction

Si $\mathrm{Im}(A)=\mathbb R^m$ (application surjective), on pourrait toujours trouver un $x$ tel que $Ax=b$ exactement, rendant l'approximation triviale (pas d'erreur résiduelle). C'est précisément lorsque $\mathrm{Im}(A)$ est un sous-espace strict de $\mathbb R^m$ (moins de paramètres que d'observations, cas typique en régression) que la projection de $b$ sur $\mathrm{Im}(A)$ devient une véritable approximation — le principe même des moindres carrés.

Exercice 18 — Une application linéaire envoie toujours 0 sur 0

Facile

Démontrer que $f(0)=0$ pour toute application linéaire $f$.

Voir la correction

$f(0)=f(0\times0)=0\times f(0)=0$ (en utilisant $f(\lambda u)=\lambda f(u)$ avec $\lambda=0$). Alternativement : $f(0)=f(0+0)=f(0)+f(0)$, donc $f(0)=0$ en soustrayant $f(0)$ des deux côtés.

Exercice 19 — Rang plein en colonnes

Moyen

Une matrice $A$ de taille $p\times n$ (avec $p\ge n$) vérifie $\mathrm{rg}(A)=n$ (rang plein en colonnes). Que peut-on en conclure sur l'injectivité de l'application associée ?

Voir la correction

Par le théorème du rang, $\dim\ker A=n-\mathrm{rg}(A)=n-n=0$ : $\ker A=\{0\}$, donc l'application est injective. Un rang plein en colonnes équivaut toujours à l'injectivité.

Exercice 20 — Synthèse

Difficile

Pour $A=\begin{pmatrix}1&0&1&2\\0&1&1&1\\1&1&2&3\end{pmatrix}$, déterminer le rang, une base du noyau, et vérifier le théorème du rang.

Voir la correction

La ligne 3 est la somme des lignes 1 et 2 : $\mathrm{rg}(A)\le2$. Les colonnes 1 et 2 étant indépendantes, $\mathrm{rg}(A)=2$.

Résolution de $Ax=0$ (système à 2 équations indépendantes, 4 inconnues, donc 2 degrés de liberté) : on trouve deux vecteurs indépendants $(-1,-1,1,0)^T$ et $(-2,-1,0,1)^T$ engendrant $\ker A$.

Vérification du théorème du rang : $n=4$ colonnes, $\dim\ker A=2$, $\mathrm{rg}(A)=2$, et $2+2=4$ ✓.

Progression Score : 0 / 10

Sujet 1 — Contrôle de connaissances

Mathématiques générales · 3iL Ingénieurs · Durée indicative : 35 min

Exercice A (16 points) — Soit $A=\begin{pmatrix}1&2&1\\2&4&3\\1&2&2\end{pmatrix}$.

1. Montrer que $\mathrm{rg}(A)\le2$, puis déterminer sa valeur exacte. (6 pts)

2. Déterminer une base du noyau de $A$. (6 pts)

3. Vérifier le théorème du rang. (4 pts)

Exercice B — Question de cours (4 points)

Une application linéaire $f:\mathbb R^3\to\mathbb R^3$ vérifie $\ker f=\{0\}$. Est-elle nécessairement surjective ? Justifier.

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  1. A.1. La colonne 2 est le double de la colonne 1 : $\mathrm{rg}(A)\le2$. Les colonnes 1 et 3, non proportionnelles, sont indépendantes : $\mathrm{rg}(A)=2$.
  2. A.2. $Ax=0$ conduit à $\ker A=\mathrm{Vect}\left\{(-2,1,0)^T\right\}$ (vérification : $1(-2)+2(1)+1(0)=0$, $2(-2)+4(1)+3(0)=0$, $1(-2)+2(1)+2(0)=0$ ✓).
  3. A.3. $n=3$ colonnes, $\dim\ker A=1$, $\mathrm{rg}(A)=2$ : $1+2=3$ ✓.
  4. B. Oui : par le théorème du rang, $\dim\ker f+\dim\mathrm{Im}\,f=3$. Comme $\ker f=\{0\}$, $\dim\ker f=0$, donc $\dim\mathrm{Im}\,f=3=\dim\mathbb R^3$ : $\mathrm{Im}\,f=\mathbb R^3$ tout entier, $f$ est surjective. (C'est une propriété générale : en dimension finie, pour une application d'un espace vers lui-même, injectivité et surjectivité sont équivalentes.)

Sujet 2 — Application ingénieur : projection en infographie 3D

Mathématiques générales · 3iL Ingénieurs · Durée indicative : 25 min

En infographie, projeter une scène 3D sur un écran (plan $xy$) revient à appliquer la matrice $P=\begin{pmatrix}1&0&0\\0&1&0\\0&0&0\end{pmatrix}$ à chaque point $(x,y,z)$.

1. Calculer $\mathrm{rg}(P)$ et en déduire une base de $\mathrm{Im}(P)$. (6 pts)

2. Déterminer $\ker(P)$ et interpréter géométriquement ce résultat (quels points sont « perdus » par la projection ?). (8 pts)

3. Calculer $P^2$ (appliquer la projection deux fois de suite). Le résultat est-il cohérent avec l'intuition géométrique d'une projection ? (6 pts)

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  1. 1. $\mathrm{rg}(P)=2$ (les deux premières colonnes sont indépendantes, la troisième est nulle). $\mathrm{Im}(P)=\mathrm{Vect}\{(1,0,0)^T,(0,1,0)^T\}$, exactement le plan $xy$.
  2. 2. $\ker(P)=\mathrm{Vect}\{(0,0,1)^T\}$ : tous les points de coordonnées $(0,0,z)$ (l'axe $z$ tout entier) sont envoyés sur $0$. Géométriquement, la projection « écrase » toute la profondeur (l'axe $z$, perpendiculaire à l'écran) : deux points ayant les mêmes coordonnées $x,y$ mais des profondeurs $z$ différentes se projettent au même endroit — l'information de profondeur est irrémédiablement perdue.
  3. 3. $P^2=\begin{pmatrix}1&0&0\\0&1&0\\0&0&0\end{pmatrix}=P$. C'est cohérent : projeter un point déjà projeté (donc déjà dans le plan $xy$, avec $z=0$) ne le change plus — une projection appliquée deux fois donne le même résultat qu'une seule fois, propriété caractéristique de toute projection ($P^2=P$, dite « idempotence »).
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